22 janvier 2018

Histoire permanente du cinéma italien, 1971-1973

Il Merlo mascio (Ma femme est un violon), Pasquale Festa Campanile, 1971
J'avais adoré ce film, petit bijou de l'âge d'or de la comédie italienne, plein d'idées farfelues et vraiment très très drôle. On est certes dans un registre plutôt paillard, mais qui se garde de jamais sombrer dans la complaisance scabreuse propre aux sexy-comédies transalpines (qui y ont cependant certainement  puisé leur inspiration). Seules comptent ici la dimension humoristique et cruellement satirique, avec l'histoire de cet homme incapable de voir sa femme comme un objet de désir et qui va en quelque sorte exploiter les fantasmes des autres pour mieux existerLes scénaristes mêlent ainsi avec autant de bonheur satire sociale et situations comiques, le ton devenant de plus en plus grinçant. Et le réalisateur se fait plaisir en mettant en valeur une Laura Antonelli tout simplement renversante de beauté. 

La narration subjective autorise toute une série de visions et fantasmes savoureux, qui ne sont clairement pas sans évoquer le Billy Wilder de Sept ans de réflexion, qui égratignait déjà bien la figure du mâle dans les années 50. Ça m'a rendu très curieux du reste de la filmographie de Festa Campanile, mais je n'ai pas eu depuis l'occasion depuis d'en poursuivre la découverte.




La Polizia è al servizio del cittadino ? (La Police au service du citoyen), Romolo Guerrieri (aka Romolo Girolami), 1973
Enrico Maria Salerno joue les super-flics luttant contre la corruption généralisée et les lourdeurs administratives de sa hiérarchie. Malgré que ses déductions voient toujours juste, ses supérieurs s'obstinent à lui demander de réunir des preuves pour boucler le mafieux qui fait régner sa loi sur l'industrie d'import-export des fruits et légumes de la région (Daniel Gélin). Notre commissaire va donc menacer comme il faut quelques crapules, falsifier des preuves, entrer par effraction chez les bad guys et les cambrioler. Il est aidé en cela par son adjoint, un moustachu obsédé du cul qui trempe gentiment dans la combine. Le tout bénéficie du parrainage de Marlboro, les personnages ne cessant de brandir des paquets de façon un peu trop ostentatoire pour être honnête.

Tournant sous pseudonyme, Romolo Girolami se débrouille plutôt bien dans les scènes de filatures, mais son film sombre souvent dans le ridicule par le côté jusqu'au boutiste de son héros, énième avatar de Dirty Harry qui finira par rendre justice lui-même (« car si la justice tient dans une de ses mains une balance, dans l'autre elle brandit un glaive ! »). Vu dans son toujours subtil doublage français, le film est surtout définitivement plombé par pas mal de situations et de répliques bien rentre-dedans, tout le monde se traitant de « connard » et autres « fils de pute. » Cela dit, c'est vrai que dans la dernière demi-heure, l'ambiance s'assombrit pas mal, devient plus désespérée et qu'on cesse un peu de rire. Musique de Luis Bacalov plutôt sympa.





Revolver (La Poursuite implacable), Sergio Sollima, 1973
Pas de cinéma bis ici ou de comédie licencieuse. Cette fois c'est du grand, du très grand cinéma. Réalisateur génial des westerns du péon Cuchillo (Saludos hombre), Sergio Sollima se montre tout aussi inspiré dans le genre du polar, distillant ici encore en contrebande un intelligent discours politique au cœur du divertissement le plus efficace. Avec Bandits à Milan de Lizzano, c'est pour moi l'un des chefs-d'œuvre de ce genre, si typé mais qui s'est pourtant la plupart du temps circonscrit aux exigences du cinéma d'exploitation (par exemple, chez Castellari). 

Reflet tétanisant de ces années de plomb que connaissait alors l'Italie, Revolver est un film époustouflant, très dense et assez imprévisible dans sa progression. Il n'a finalement pas grand chose à gagner à être artificiellement relié à un genre, puisqu'il relève à la fois du thriller, du buddy movie, du brûlot politique, du drame et du film d'action. Ses personnages sont faits de chair et de sang, se voyant ici élevés pratiquement au rang d'icônes tragiques. Inattendu dans cet univers, Oliver Reed est monumental, tandis que Fabio Testi impressionne par son jeu plein de fièvre, trouvant sans doute ici son meilleur rôle. Et si ça ne suffisait pas, les talents réunis ici se voient encore secondées par une mémorable partition de Morricone. J'ai un petit faible pour la jolie chanson interprétée par Daniel Beretta (qu'on connaîtra mieux plus tard comme la voix française de Schwarzenegger) qui joue dans le film une sorte de sous-Polnareff :

18 janvier 2018

Le Cinéma de Richard Donner V. 1995-2006

Assassins, 1995
On a ici un peu l'impression d'avoir perdu le réalisateur, avec cette nouvelle production Joel Silver sans saveur qui semble avoir égaré la formule magique de ses actioners des années 80. Construit sur l'opposition basique entre deux tueurs à gages rivaux et doués, sur la confrontation de deux méthodes, le film est écrit par les (encore) frères Wachowski, qui feront en sorte par la suite d'assurer eux-mêmes la réalisation de leurs scripts.

Assassins est ce qu'on appelle un film véhicule, remodelé en cours de route pour ses interprètes. D'un côté un Stallone pas encore en perte d'aura (sorti juste après, Daylight en sera sans doute les derniers feux). De l'autre, un Antonio Banderas bien loin d'Almodovar et qui, après quelques seconds rôles marquants à Hollywood, passe sur le devant de la scène suite au succès du Desperado de RodriguezLeurs deux noms sont clairement mis sur le même plan dans la promotion (affiches, bandes annonces), un peu comme on avait eu Stallone / Snipes pour Demolition man ou Stallone / Stone pour L'Expert... Le nom-même de Richard Donner n'est pas un argument de vente. Le réalisateur ne ralentit pour autant pas son activité, retrouvant bientôt son complice Mel Gibson d'abord sur Conspiracy theory, film de 1997 avec Julia Roberts que je n'ai pas vu, puis avec un retour sans risque à une franchise qui n'en méritait pas tant...




Lethal weapon 4 (L'Arme fatale 4), 1998 
J'avoue que je n'ai jamais eu la curiosité de savoir à quel point Donner s'impliquait dans la conception de ses films, à la production desquels il a la plupart du temps été associé. Ni de chercher d'éventuelles thématiques récurrentes dans son œuvre. Je me souviens même qu'à l'époque de sa sortie, ce Lethal weapon 4 représentait pour moi le symbole détestable du cinéma commercial hollywoodien par rapport au cinéma d'auteur, et je l'ai longtemps snobé. C'est pourtant déjà un peu mieux que le 3e volet, et souvent drôle. La scène du gaz hilarant chez le dentiste en particulier est assez mémorable, dans le genre comédie en roue libre. Et Chris Rock, même s'il n'est pas un acteur très convaincant, a quelques bonnes répliques. Je retiendrais également les impressionnantes cascades sur autoroute, et des effets pyrotechniques très réussis. 

Le film devient surtout très intéressant dans sa volonté de mixer l'actioner "joelsilverien" avec le cinéma de Hong Kong. La tentative est cependant encore timide, la mise en scène reste contrainte par le formatage hollywoodien et sous-exploite les talents de Jet Li, qui écope d'un rôle vraiment trop léger. La même année, Jackie Chan rencontrait le succès avec Rush hour, qui fonctionnait justement exactement sur la formule buddy movie popularisée par la franchise de Donner. Mais il faudra attendre l'arrivée fracassante de The Matrix (1999) pour que la mutation s'achève et que l'approche du cinéma d'action américain soit totalement repensée sous l'influence des chorégraphes hongkongais.

Pour finir sur ce film, je dirai encore que le côté mal élevé de certaines situations et répliques en font un sympathique spectacle, qui joue bien de son côté obsolète (parce que le « Too old for this shit », ça commence à faire longtemps qu'on l'entend). Mention spéciale au générique de fin qui, sous la forme d'un album de photos de famille, nous invite dans l'envers du décor en rendant hommage à tous ceux qui ont travaillé sur la série depuis le premier film : les acteurs et l'équipe de réalisation apparaissent dans leur propre rôle, assumant complètement la dimension fictive de l'entreprise, cet artisanat de l'illusion qu'est le cinéma — that's entertainment — et l'effet est plutôt chouette. C'est là qu'on se dit que c'est presque un petit miracle que d'être parvenu au sein de cette industrie à conserver le même casting (les gamins qui grandissent), le même réalisateur, les mêmes compositeurs,  etc. pendant dix ans. De cette franchise, qui aura inévitablement droit à son reboot ou sa suite revival, je retiendrai surtout les deux premiers volets, avec une préférence marquée pour le second.




Timeline (Prisonniers du temps), 2003
C'est maintenant que Richard Donner ralentit la cadence. Sorti dans l'indifférence générale, Timeline se présente sans vraies têtes d'affiche (Paul Walker, Gerard Butler, David Thewlis, Lambert Wilson, mouais, on a vu plus vendeur), son principal argument commercial se limitant à être une adaptation de Michael Crichton.

C'est une production laborieuse, pleine de réécritures et qui contraint même Jerry Goldsmith à quitter le navire, rendez-vous manqué avec le réalisateur de The Omen. Le manque de moyens est cruellement visible à l'écran, les enjeux à base de voyage dans le temps sont peu intéressants, avec un montage en parallèle laborieux entre scènes d'action dans le passé et intrigues de laboratoire dans le présent. Donner donne ici l'impression d'être fini, achevant sa carrière dans des sous-productions sans âmes, comme Peter Hyams à la même époque abonné à Jean-Claude Van Damme.




16 blocks, 2006
Après le désastre de ce Timeline, c'est peu de dire que je n'attendais plus rien de Donner, et peut-être qu'au moment de sa sortie l'actu ciné était suffisamment morne pour que je cède à la curiosité. Et j'avais trouvé ça très bon. Un polar solide reposant sur un concept assez enthousiasmant, qui se met en place sans fioritures dès le premier quart d'heure. Remake non assumé de L'Epreuve de force, 16 blocks pourrait à mes yeux s'inscrire officieusement dans la franchise Die hard, bien plus dignement que n'aura su le faire l'ignoble 4e volet. On est donc là dans un des retours aux sources les plus convaincants de la grande époque des Silver productions (Le Dernier Samaritain) avec un pur polar hard boiled.

Les interprètes sont excellents. Bruce Willis en chien battu ce n'est évidemment pas une grande prise de risque mais l'efficacité a été prouvée. Certains face à face entre lui et David Morse (que Donner avait fait débuter dans Inside moves) sont un régal par leur côté très théatral, affrontements psychologiques pleins de tensions, procurées aussi bien par les dialogues suffisamment bien écrits pour venir enrichir sans lourdeur les personnages, que par la mise en scène. Donner a l'intelligence de privilégier sa direction d'acteur sur le spectaculaire, s'attachant finalement davantage aux personnages qu'aux courses poursuites, sans pour autant négliger ces dernières dans lesquelles son savoir-faire n'est plus à prouver. Bref, d'une certaine manière le film est très classique mais un classique intelligent, avec des péripéties ludiques qui maintiennent tout du long l'attention en éveil, jouant à la fois sur les contraintes d'espace et de temps. Le film témoigne ainsi d'une énergie et une vitalité qu'on n'espérait plus de la part du cinéaste, et si sa carrière doit s'achever sur ce titre, cela n'aura rien de déshonorant.



DOSSIER RICHARD DONNER :


15 décembre 2017

Emmanuel Carrère, la vie à l'œuvre IV. 2012-2016

Les Revenants, 2012-2015
La chronique de cette série française créée par Fabrice Gobert et coécrite pour partie dans sa première saison par Emmanuel Carrère a été précédemment publiée ici...


Le Royaume, 2014
Passionnant à plus d'un titre. Partant de sa fascination pour le christianisme, son Histoire et sa philosophie (il eut lui-même une brève période de foi), Carrère endosse le rôle d'enquêteur, revenant aux sources des textes et croisant les exégèses. Loin de se prétendre historien, l'auteur assume bien au contraire son métier d'écrivain, ne se privant pas de combler les trous, de broder selon ses intuitions ou plus simplement selon son goût du romanesque. Plus que de Jésus, il retrace surtout les parcours de Saint-Luc et Saint-Paul, personnages complexes dans la tête desquels il s'efforce de pénétrer, avec le talent dont il a déjà pu faire la preuve.

Évidemment, comme dans pratiquement tous ses livres depuis L'Adversaire, sa personne elle-même n'est jamais loin derrière le sujet officiellement traité. Et ce qui est extraordinaire, c'est comment ce travail se révèle parfaitement complémentaire des précédents. La figure de Philip K. Dick, auquel il avait consacré une biographie exemplaire, est par exemple régulièrement conviée. On constate une nouvelle fois à quel point tout est souvent lié dans le choix de ses sujets, et trouve un écho dans sa propre existence. 

J'ai adoré cette approche iconoclaste, complètement affranchie des règles et des conventions historiennes, qui lui permet sans doute de toucher souvent juste, en tous cas d'une façon qui me convient, nous invitant à partager un regard, son regard, tout en prenant bien soin d'échapper aux déformations. On devine que derrière le texte, il y a une somme de travail colossale (qui me donna méchamment envie de lire l'Histoire des origines du Christianisme de Renan, et qui s'avéra relativement décevante). Le livre est parfaitement construit, mais plus ouvert que jamais aux digressions. Il m'a par conséquent semblé un poil moins rigoureux dans son écriture que d'habitude, dans la tournure des phrases, dans certains enchaînements, Carrère étant un vrai styliste de la phrase faussement simple et s'étant toujours montré maître dans l'art d'organiser un matériau littéraire hétérogène, fait de notes, de recherches et d'anecdotes personnelles.




Il est avantageux d'avoir où aller, 2016
Sous ce titre tiré d'un précepte du Yi-king se cache une compilation relativement dense d'articles, reportages, chroniques, conférences et autres notes d'intentions pour projets de film, publiés par l'auteur au cours des 25 dernières années. Le lecteur familier avec l'œuvre de Carrère pourra légitimement reprocher d'inutiles redondances : pas mal de ces textes auront en effet servi de point de départ à ses ouvrages, et le seul intérêt de les voir reproduits ici serait donc avant tout documentaire, pour comparer premier jet et reprise au long cours, et constater la permanence de certaines préoccupations. 

L'idée de tout donner à lire est plutôt louable, donnant accès à des documents si ce n'est inédits au moins difficilement accessibles. Mais en ce qui concerne ces reportages qui donneront ensuite lieu à des livres aussi riches que L'Adversaire, Un roman russe, D'autres vies que la mienne et Limonov, je n'y ai pas trouvé de plus-value, tant il s'y voient judicieusement développés.

Heureusement, il reste suffisamment d'autres textes pour compenser cette impression d'ouvrage bouche-trou : réflexions vraiment passionnantes sur la méthode de l'écrivain, touchants portraits d'artistes, critiques de livres, et récit de voyage en Russie où la patte de l'écrivain est toujours présente (et c'est ce que j'apprécie), où la figure de l'auteur ne se dissimule jamais derrière son sujet, affirme pleinement sa présence, sa subjectivité et ses limites. Et c'est là que la note en quatrième de couverture se montre pertinente, à savoir que cet ensemble peut d'une certaine façon se lire, aussi, comme une autobiographie. Un recueil que je n'estime donc pas indispensable, et qui à mes yeux serait quand même plutôt destiné aux amateurs de l'écrivain. Façon de patienter jusqu'à la prochaine nouveauté.


DOSSIER EMMANUEL CARRÈRE :

12 décembre 2017

Le Cinéma de Richard Donner IV. 1992-1994

Radio flyer, 1992
Je n'avais personnellement jamais entendu parler de ce film, coincé entre Lethal weapon 2 et 3 et qui fut un bide à sa sortie. Je craignais un truc honteux, que Donner aurait plus ou moins torché sans vraiment s'impliquer, tel le yes-man qu'il sait être à l'occasion. Il faut reconnaître que le démarrage n'est pas des plus heureux, avec un prologue aux dialogues pas très finauds où Tom Hanks fait la leçon à ses mômes avant de lancer le flashback de ses souvenirs. Tout le film sera ainsi raconté en voix off, et j'ai eu un moment l'impression d'un procédé un peu bricolé, qu'on aurait ajouté en dernier recours pour aider à faire tenir le film après de mauvaises previews. Or, plein de séquences et de transitions au cours du récit semblent vraiment ne fonctionner que par rapport à cette voix off, et la conclusion du film confirmera qu'elle fait partie intégrante du projet. Donner avait déjà brillamment dirigé des mômes avec ses Goonies, mais on est ici dans une approche radicalement différente, puisqu'il y est question de deux frangins qui, confrontés à la brutalité d'un beau-père alcoolique, devront trouver refuge dans leur imagination. 

Sur ce sujet difficile, le réalisateur est parvenu à faire quelque chose qui n'est ni complaisant, ni niais, porté par de vraies belles visions poétiques. Il a de même l'intelligence de nous épargner le côté rétro nostalgique qu'on aurait pu attendre. Les faits se déroulent en effet dans l'Amérique provinciale de la fin des 60's mais Donner n'appuie jamais la reconstitution d'époque, restant concentré sur ses personnages. Dans le rôle des deux frères, Elijah Wood et Joseph Mazzello (le petit Tim de Jurassic park) sont absolument épatants, justes et émouvants dans leurs réactions, chacun à sa façon. Et si les jeunes acteurs sont aussi bons, c'est bien sûr grâce à leur talent, mais sans doute que la direction de Donner y est aussi pour beaucoup. D'ailleurs même le chien joue bien. On sent que le réalisateur a mis du cœur dans ce projet, dont il est producteur, et le film m'a régulièrement impressionné par la qualité de sa mise en scène, riche de mouvements de caméra amples et gracieux. 

Constamment au service de son histoire et de ses personnages, la caméra adopte la plupart du temps le point de vue des enfants, se mettant souvent à hauteur de leur regard. La figure du beau-père, que les gamins surnomment le Roi est ainsi souvent cadrée de façon à dissimuler son visage ou ses yeux, mais sans pour autant en faire une sorte d'ogre irréel, le rendant au contraire d'autant plus menaçant. Et Donner fait preuve d'une vraie pudeur en ne montrant jamais frontalement la violence, mais plutôt ses conséquences, et ce qu'il laisse imaginer a évidemment bien plus d'impact. Bien que libératrice, l'évasion dans l'imaginaire est alors lestée de gravité et d'amertume, car elle ne fait pas totalement oublier ce qui l'a rendu nécessaire. La photographie de Laslo Kovacs est absolument splendide, le film baignant souvent dans une lumière automnale, et j'ai été étonné de voir au générique le nom de Hans Zimmer qui signe une très belle partition purement symphonique. Radio flyer aura donc été la découverte de cette rétrospective, et j'encourage vivement sa découverte.




Lethal weapon 3 (L'Arme fatale 3), 1992 
Projet fragile et à la production chaotique, Radio flyer fut logiquement un échec, et on peut comprendre que Donner ait après ça préféré revenir au cinéma d'action et à la franchise rassurante des Lethal weapon. C’est le seul épisode que j’aurais vu en salle à sa sortie, et ça reste encore aujourd'hui pour moi le moins bonL'ensemble manque trop d'inspiration à mon goût. Film honnête mais un peu paresseux, comme fait sur pilote automatique, nécessaire pour personne sauf pour le porte-monnaie des parties impliquées. Lethal weapon 3 incarne la lassante surexploitation d'une franchise, amusante à défaut d'être enthousiasmante. J'apprécie néanmoins la louable volonté sobriété des affiches de la franchise, qui capitalisent d'abord sur l'alchimie du duo, plutôt que sur la surenchère pyrotechnique (et le film en contient pas mal).

Les personnages ont cessé d’être intéressants, les gags et répliques font moins mouche, et les méchants auraient gagnés à être davantage charismatiques au lieu de rester à l'état de pantins de cinéma. Bref, c’est un peu l’équivalent de La Dernière cible pour la série des Dirty Harry, épisode inutile mais devant lequel on ne boude pas non plus le plaisir de retrouver des personnages qu'on commence à bien connaître. Sauf que Clint, lui, a toujours la classe.




Maverick, 1994

Le film s'inscrit dans cette tendance qui vit en ce milieu des 90's Hollywood puiser son inspiration dans de vieilles séries TV, pour le meilleur comme pour le pire. Brian De Palma avait plus ou moins ouvert le ban en 1987 avec ses Incorruptibles, mais le processus s'accéléra surtout à partir du succès surprise du Fugitif (1993). Seront ainsi transposés sur grand écran des shows vintages comme Mission : impossible, Le Saint, Chapeau melon et bottes de cuir, Wild Wild West ou encore Charlie's angels pour rester dans la décennie. Ayant démarré sa carrière comme réalisateur de télévision au début des 60's, Donner aurait très bien pu tourner quelques épisodes de la série Maverick à l'époque de sa diffusion. Et si son film ici fonctionne, c'est sans doute parce qu'il échappe aux écueils de l'ironie et du second degré qui a trop souvent perdu ces productions. Assumant au contraire pleinement la dimension surannée du spectacle qu'il nous propose, le film a donc un petit côté old school dans sa fabrication comme dans son écriture qui en fait toute la saveur. On retrouve au scénario la patte de William Goldman qui trouve avec ce projet l'occasion idéale de raviver la veine et le mélange des tons de son Butch Cassidy and the Sundance kid.

Donner retrouve son vieux copain Gibson, toujours à l'aise pour incarner la décontraction.  Héros de la série originelle, James Garner prouve une nouvelle fois qu'il est né pour jouer les cowboys. Et Jodie Foster est d'une exquise modernité dans cet univers macho. Le trio d'acteurs nous régale de ses joutes verbales, avec des oppositions de caractère bien marquées et efficaces, où on n'hésite pas à se tirer dans les pattes puisqu'il est question ici de poker et de bluff. De son côté, le réalisateur s'amuse à fignoler son western, avec des moyens qui en font un spectacle enlevé, délicieusement suranné, élégant et sans cynisme ou regard parodique, et constamment délectable (décors, costumes et scènes d'action menées tambour battant). Maverick se présente ainsi avec les atours d'un divertissement de très grande classe, blockbuster friandise de l'été où le plaisir pris par ses auteurs est aussi visible que communicatif (même Danny Glover vient y faire son caméo). 


DOSSIER RICHARD DONNER :

7 décembre 2017

Tales from the crypt, 1989-1996

Tales from the crypt (Les Contes de la crypte), 1989-1996
Une série créée par William Gaines
7 saisons de 93 épisodes
Avec... plein de beau monde.

Produit par Joel Silver, Richard Donner, Walter Hill, Robert Zemeckis pour la chaîne payante HBO, Tales from the crypt démarre sa diffusion en 1989 et se prolongera jusqu'en 1996. Fonctionnant sur le principe de l'anthologie, avec une ambition comparable à celle des Amazing stories de Spielberg, la série dispose d'un budget par épisode plutôt au-dessus de la moyenne — et qui se voit à l'écran — et fait pareillement appel à des collaborateurs prestigieux issus du monde du cinéma, plutôt qu'à des anonymes de la télévision.

C’est ainsi qu’au fil des épisodes le spectateur a le plaisir de tomber sur plein de têtes connues, tant en premiers qu'en seconds rôles et on sent que les comédiens ont pris beaucoup de plaisir à jouer avec leur image. On pourra citer notamment Timothy Dalton, Jon Polito, Dennis Farina, Margot KidderSteve Buscemi, Joe Pesci, Christopher Reeve, Bill Paxton, Martin Sheen, Michael Ironside, Tim Roth et même Roger Daltrey. Parmi les réalisateur, outre les producteurs eux-mêmes qui s'offriront à plusieurs reprise un épisode, on croisera rien de moins que William Friedkin, John Frankenheimer, Tobe Hooper, Mick GarrisDes scénaristes réputés comme Jeffrey Boam,  Bob GaleBrian Helgeland et des acteurs comme Michael J. FoxTom HanksBob Hoskins, Kyle McLachlan ou encore Swarzenegger profiteront également de l'occasion pour passer à la réalisation. Côté chefs op’, Dean Cundey, Jan De Bont ou Don Burgess sont entre autres de la partie. Enfin, si la musique du (superbe) générique est l'œuvre de Danny Elfman, de nombreux épisodes auront le privilège de bénéficier de partitions signées Steve Bartek, Michael Kamen, Michel Colombier, Bill Conti, Ry Cooder, James Horner, Brad Fiedel, ou encore Alan Silvestri. Bref, c'est un impressionnant barnum qui semble réunir tout le Hollywood de cette époque et qui participe aujourd'hui plus que jamais aux délices que procure le visionnage du show.

Les scénarii adaptent directement, en les modernisant, les fameux EC comics des années 50 écrits par Bill Gaines et dessinés par Jack Davis, illustrateur au somptueux noir et blanc, aussi génialement inspiré dans l'horreur que dans l'humour puisqu'il sera l'un des plus talentueux contributeurs au Mad magazine des débuts avec Harvey Kurtzman. Objet à l'époque d'une importante polémique qui bouleversa l'industrie américaine du comics, les bandes dessinées des Contes de la crypte ont marqué l'imaginaire de toute une génération, au moins équivalente à celle de la Twilight zone de Rod Serling. Elles avaient ainsi directement inspiré Stephen King et George Romero pour leur Creepshow de 1982, comme elles le feront encore auprès de John Carpenter lorsqu'il endossera le rôle du gardien de la morgue chargé d'introduire les cours-métrages de Body bags en 1993. 

Condensés sur 26 minutes, les épisodes de Tales from the crypt demeurent encore aujourd’hui étonnamment macabres, n'hésitant pas à aller à fond dans le trash, l'humour noir et le politiquement incorrect. Le coup de génie étant d'avoir respecté l'équilibre pervers des comics : tant que la morale est respectée — les salauds sont punis par là où ils ont pêché — on ne se privera pas pour nous offrir du cul, du gore et du mauvais goût. Sur ce plan-là, l'épisode 1 de la saison 5 où Tim Curry joue trois rôles d'une famille de rednecks repoussants est absolument anthologique, aussi perturbant qu'hilarant (j’en faisais les yeux ronds, la mâchoire pendante).



Je suis aussi particulièrement fan des jeux de mots éhontés du gardien de la crypte, pantin décharné conçu et animé par Kevin Yagher (responsable des maquillages sur la série des Freddy notamment) qui introduit chaque histoire dans de petites scènes vraiment marrantes. On appréciera d'ailleurs de pouvoir (re)découvrir la série aujourd'hui en V.O., les dialogues y étant bien plus riches que dans la version doublée.