22 mai 2017

Bridge of spies (Le Pont des espions), Steven Spielberg, 2015

Bridge of spies (Le Pont des espions), Steven Spielberg, 2015
Avec : Tom Hanks, Mark Rylance, Austin Stowell, Sebastian Koch, Alan Alda...


Ça commence plutôt très bien, et j'en viens aujourd'hui à ressentir du plaisir dans le simple fait de retrouver la grammaire et l'univers visuel familiers de Spielby et Kaminski. Après une admirable séquence d'ouverture, où je me suis délecté de la maîtrise confondante du réal pour introduire son personnage muet, son environnement, et mettre en scène sa filature, j'ai trouvé que le film perdait un peu vite en efficacité, jusque dans les ressorts de son intrigue. Ainsi, quel dommage de devoir tiquer après à peine 10mn, lorsqu'Abel réussit à faire disparaître son petit papier avec autant de facilité, au milieu de tous ces agents du FBI qui ont envahi son appart et qui devraient précisément être à l'affût (scène un peu gadget puisque cet élément de preuve ne servira en rien le récit par la suite). Les séquences de procès dévoilent progressivement une réflexion intéressante, où le personnage de l'avocat prend au sérieux le rôle qu'on lui a assigné, seul contre tous y compris sa famille, refusant de céder à la mascarade politique qui se met en place. On se retrouve ainsi avec un film au propos très citoyen, qui dit des choses sur le monde d'aujourd'hui, où face à de nouvelles crises la question du respect des droits fondamentaux est toujours posée.

Puis, lorsque les scènes avec les soldats de l'US Air force commencent à s'intercaler, on devine où tout cela va conduire. Dès lors, le suspense m'a paru complètement éventé, me laissant avec la pénible impression que le film ne démarrait vraiment qu'au bout d'une heure, lorsque Hanks déboule à Berlin. Certes, toute cette première partie sert à montrer sa détermination à toute épreuve, mais dans ce cas j'aurais préféré qu'on nous laisse hors-champ l'histoire du pilote — sa scène de crash n'ayant plus aucune intensité, puisqu'on sait qu'il est destiné à devenir monnaie d'échange, donc à survivre. Le meilleur du film réside peut-être dans ces harassantes et parfois absurdes tractations que mène le héros, à cheval sur le rideau de fer. Là c'est souvent passionnant. Tout passant essentiellement par le dialogue, les scènes doivent une grande part de leur réussite à l'excellence de l'interprétation. Evidemment, ça fait plaisir de voir un acteur de la trempe de Hanks prolonger sa collaboration avec Spielberg, et il incarne vraiment ici une sorte de tradition du héros américain, humaniste et individualiste — dans le sens où il trace son propre chemin contre les règles — à la James Stewart chez Capra. Mais le réalisateur a beau montrer des moments pénibles (l'interrogatoire du pilote et les tentatives de franchissement du mur), je n'ai jamais pleinement ressenti angoisse et froideur. Même quand Hanks se fait agresser dans la rue, c'en est presque inconséquent. Et ce n'est pas la photo de Kaminski aux teintes bleutées qui compensera ça. L'échange final lui-même pâtit d'un suspense gentiment artificiel, on n'est jamais vraiment inquiet pour sa résolution.



Si je me permet de dire que le film ronronne, c'est parce que j'espérais davantage de tripes de la part de Spielberg pour un sujet pareil qui offrait une bonne opportunite de mélanger réflexion citoyenne et spectacle efficace, en nous plongeant dans un monde où la confiance n'est plus de mise. Pourtant, on ne peut nier qu'il est impliqué et qu'il croit à l'histoire qu'il raconte, mettant en scène cette époque de paranoïa qu'il a lui-même connu (celle que Joe Dante évoquait à sa façon dans Matinee). L'épilogue est peut-être le moment le plus réussi, trouvant le juste ton. À la lecture des notes de fin qui racontent le devenir des personnages, c'est peut-être davantage la négociation de l'avocat à Cuba qui m'aurait semblé mériter un traitement. Parce que film d'espionnage inscrit dans une réalité historique, j'avais le fabuleux Munich en ligne de mire, et espérai une réussite au moins approchante. On est ici plutôt dans la lignée du bavard LincolnSurprise au générique : le nom des Coen Bros. à l'écriture, et c'est sans doute à eux qu'on doit ces nombreuses répliques pleine d'esprit qui trouvent plutôt bien leur place dans un récit sérieux.


Cette chronique ira rejoindre la partie V de ma rétrospective Spielberg...

18 mai 2017

Shin Godzilla (Godzilla Resurgence), Hideaki Anno & Shinji Higuchi, 2016


Shin Godzilla (Godzilla Resurgence), Hideaki Anno & Shinji Higuchi, 2016
Avec : Yutaka Takenouchi, Satomi Ishihara, Akira Emoto, Ren Osugi...


Des Godzilla de la Toho, j'en étais resté au réjouissant Final wars de Kitamura (2005). Ce nouvel opus en mode reboot est marqué à la fois par une forme de retour aux sources et par une audacieuse (et payante à mes yeux) volonté de prendre le spectateur à rebrousse-poil. Pour le retour aux sources, ici pas de multiplication du bestiaire : Godzilla est tout seul, les personnages font pour la première fois sa connaissance comme au temps du premier film, et c'est l'épure qui domine. Et puis on retrouve intact le thème mythique d'Ifukube, qui résonne magistralement au sein d'une BO elle-même assez originale et grandiose et qui apporte beaucoup de puissance aux scènes importantes.

Signé Anno, auteur exigeant et grand nom de l'animation (Neon genesis evangelion), le scénario refuse de s'embourber dans des digressions et des intrigues parallèles, ou de nous intéresser à l'intimité de ses personnages, essentiellement caractérisés par leur fonction, sans pour autant donner l'impression d'être des pantins. Il ne s'agira ici que de se concentrer sur la menace et de réfléchir aux moyens de lui faire face. Anno se prive même de meubler artificiellement son ouverture et de jouer sur l'attente comme il a toujours été coutume de le faire dans le cinéma catastrophe : la créature apparaît en effet dès les toutes premières minutes, donnant au spectateur ce qu'il est venu chercher tout en bousculant déjà ses habitudes. Du côté des innovations, la plus criante est sans doute l'abandon de la suit-motion. Godzilla est en CGI, et pourtant, au vu de ses manifestations, c'est un choix qu'on ne regrettera pas longtemps. Force brute presque dénuée de personnalité, le King of the monsters est particulièrement terrifiant. On le voit muter de façon étonnante en cours de film, et il révèle même ici de nouvelles et impressionnantes capacités de destruction, filmées à chaque fois de façon très efficaces en terme d'angles et de point de vue, et certains plans ne seront pas sans évoquer d'authentiques images d'actualité de catastrophes naturelles. 

On est ainsi très vite rassuré de constater que la personnalité d'Anno n'a pas du tout été dissoute dans une franchise qui a par ailleurs rarement transcendé ses ambitions commerciales. Le film multiplie les parti-pris tant esthétiques que narratifs qui en font à leur façon un authentique film d'auteur : cadrages ultra-graphiques, montage au cordeau, et surtout un scénario qui maintient un fragile équilibre entre le sérieux et la satire. Mais une satire froide et aucunement bouffonne, qui s'amuse à démonter les mécanismes du pouvoir et de la hiérarchie, avec les réactions des autorités face au danger, les informations transmises au compte-goutte à la presse, les changements de gouvernement, la gestion de la population sinistrée, etc.


Il devient très vite évident qu'en mettant en scène les mensonges de l'administration, le film fait allusion aux manquements des autorités japonaises lors de la crise de Fukushima, et s'affirme comme un objet ouvertement subversif. Une fois que les divers experts militaires, politiques et scientifiques auront vu leurs intuitions mises en déroute, le salut viendra d'une poignée de nerds auxquels on aura donné carte blanche, et on retrouve évidemment bien là la patte d'Anno, qui va s'attarder sur la camaraderie et la solidarité qui va se nouer entre eux. Les scènes de cataclysme et d'affrontements se retrouvent alors très resserrées, limitées à 3 ou 4 temps forts qui gagnent à chaque fois un peu plus en impact. Cette direction pourra légitimement être considérée comme blasphématoire par certains fans qui trouveront le résultat trop bavard et trop timide en spectaculaire. Le film est sans doute trop long, et je reconnais qu'une fois passée la jubilation que suscitent ses radicaux parti-pris, on a quand même envie de revoir le gros lézard en action. En étant appelé sur ce film, Anno avait été contraint de mettre en sommeil la production du 4e et dernier volet de son Evangelion rebuild. Au vu du résultat, on ne se montrera pas trop chagrin.


Cette chronique ira rejoindre la troisième partie de ma rétrospective Godzilla...

16 mai 2017

Le Cinéma de Barbet Schroeder II. 1998-2002

Desperate measures (L'Enjeu), 1998
Duel au sommet entre Andy Garcia et Michael Keaton. Sous ses apparences de pur produit hollywoodien qui sacrifierait ses prétentions sur l'autel du divertissement, se dévoile un film incroyablement prenant et nerveux, basé sur un postulat tordu et néanmoins valable : Keaton joue un dangereux prisonnier psychopathe qui s'avère être le seul donneur de moelle osseuse capable de sauver le fils du flic Garcia, atteint d'une leucémie. Donc Keaton doit à tout prix rester vivant, et il le sait. Ce concept offre ainsi au film la possibilité de sortir du schéma-type entre le chasseur et sa proie, et le réalisateur en exploite une nouvelle fois toute les potentialités grâce à une mise en scène particulièrement alerte.

Schroeder utilise ingénieusement ses très beaux décors pour suggérer que Garcia pénètre en fait dans la tête de son ennemi, passe de l'autre côté du mal pour sauver la vie de son fils. Les allusions en ce sens sont suffisamment nombreuses, à l'image de la passerelle qu'il détruit pour permettre l'ultime face à face qui aura lieu sur un pont suspendu, après avoir parcouru des kilomètres de couloirs, fait d'incessants allers-retours, glissé dans des conduits d'ascenseur, dans les égouts, etc. Dès la scène d'ouverture où Garcia pirate les fichiers du FBI pour obtenir la liste des donneurs compatibles, tout fonctionne ici par effraction, vis à vis des lois comme de la morale (et les réactions de l'enfant sont particulièrement étonnantes). Le rythme reste formidablement soutenu du début à la fin, aboutissant à un spectacle sans faille, qui se revoit avec le même plaisir.




La Virgen de los sicarios (La Vierge des tueurs), 2000
Après plus de dix ans passés à l'intérieur du système hollywoodien, quand bien même il parvenait à traiter des sujets qui nourrissaient sa fascination pour le mal, Schroeder parvient à surprendre en changeant brutalement de terrain. Après Bukowski, le cinéaste relève un nouveau challenge en adaptant le récit éponyme de Fernando Vallejo, qui est un texte fort et puissamment dérangeant. Comme sur Barfly, l'auteur est invité par le réalisateur à signer lui-même le scénario. Le résultat est un film choc, courageux tant par le sujet qu'il ose traiter que par les conditions de tournage qu'il s'impose, au cœur de Medellin. Schroeder tourne en effet sur place, avec une équipe technique locale, en langue espagnole, dans un pays où la tension sociale est encore loin d'être apaisée.

Le choix de la vidéo pouvait laisser craindre une approche bricolée, en mode images volées. Or la mise en scène est ici d'une rigueur constante, assez loin du relâchement esthétique défendu à l'époque par les films Dogme 95. Et ça aboutit à quelque chose d'impressionnant qui est totalement raccord avec la poésie scandaleuse de Vallejo, romantique et crue.




Murder by numbers (Calculs meurtriers), 2002
Evidemment, après l'expérience colombienne, ce titre-ci apparaît comme une sorte de retour au bercail sans prise de risques. Modernisant une fameuse affaire criminelle des années 1920, qui avait déjà inspiré Hitchcock pour La Corde et Fleischer pour Compulsion, le film se tient plutôt très bien dans son déroulement. Le côté Clint Eastwood du personnage de Sandra Bullock — flic alcoolo-torturé-traumatisé — est certes un peu forcé, relevant plus du truc de scénariste. Mais en même temps, le simple fait d'avoir féminisé ainsi ce qui avait fini par devenir un personnage-cliché apparaît plutôt réjouissant au sein d'une telle production balisée. Le jeune couple de froids meurtriers échoue cette fois aux jeunes Ryan Gosling et Michael Pitt. Ce dernier, qui avait déjà bien impressionné dans le Bully de Larry Clarke, allait incarner de nouveau un binôme de psychopathes dans le Funny games U.S. d'Haneke.

Visuellement plutôt classieux, le film bénéficie du talent de Luciano Tovoli, chef opérateur fidèle à Schroeder depuis Kiss of death (1995). Là, encore, le cinéaste fait preuve d'un admirable savoir-faire dans la façon de mener sa barque, qui prouve qu'il s'applique même dans des films de commande. Et c'est peu de dire que le sujet qu'il traite ici s'inscrit parfaitement dans ses obsessions. Le film lâche néanmoins un peu la rampe lors d'un final grotesque qui va abandonner la subtile étude de caractères pour un affrontement physique déjà vu ailleurs. On se retrouve donc plutôt là dans la lignée du efficace mais peu exigeant J.F. partagerait appartement : du bon divertissement élégant. Et c'est déjà pas mal. 



DOSSIER BARBET SCHROEDER :

11 mai 2017

Le Cinéma de Barbet Schroeder I. 1987-1996

Barfly, 1987
Une magnifique retranscription de l'univers de Bukowski,  qui signe lui-même l'adaptation, bien plus convaincante que celle, à mes yeux glacée et soporifique, des Contes de la Folie ordinaire par Ferreri. Je ne l'ai vu qu'une seule fois, et il y a déjà longtemps, mais j'en garde le souvenir fort d'une plongée pleine d'empathie dans un microcosme pourtant peu glamour. Certes, Mickey Rourke a une un peu trop belle gueule dans le rôle d'Hank Chinaski, cet alter ego de l'auteur censé être une épave pathétique, un "vieux dégueulasse". L'acteur vivait là le sommet de sa carrière, et certainement un de ses plus beaux rôles. 

Cru, drôle, triste, violent comme la vie, le film déroule une histoire toute simple de piliers de comptoir qui s'efforcent malgré tout d'exister. Décors, photographie signée Robby Müller, et mise en scène sont au diapason pour capturer et porter à l'écran ces virées nocturnes, entre bars qui ferment et bouts de trottoir déserts. Je recommande par ailleurs vivement la lecture du récit que Bukowski a consacré au tournage du film : Hollywood. Les noms des intervenants ont été changés mais c'est transparent. Tous les passages mettant en scène les méthodes de travail de Golan/Globus sont irrésistibles. Et la prose si typique de l'écrivain y est intacte.





Reversals of fortune (Le Mystère Von Bülow), 1990
Adaptant un fait divers médiatisé, et sur la base d'une reconstitution méticuleuse, Schroeder trousse un film de procès de première classe. Le spectateur est invité à douter jusqu'au bout des apparences, et à voir la vérité lui échapper. Mettant en scène un couple de la haute société qui lutte précisément pour préserver la façade de son image, le film offre des rôles en or à Glenn Close et Jeremy Irons, ce dernier se voyant consacré cette année-là par l'Oscar du meilleur acteur.

Reversals of fortune fait partie pour moi de ces productions impeccablement bien fabriquées, qui ne touchent pas pour autant de corde sensible, et vers lesquelles on n'aura pas forcément envie de revenir, mais qui parviennent à nous happer quand le hasard nous donne l'occasion de nous retrouver devant.






Single white female (J.F. partagerait appartement), 1992
Pas revu depuis sa sortie. Je reste sur le souvenir d'un film de colocataire psychopathe relativement basique et inoffensif, mais efficace dans sa progression. D'abord feutré, le récit propose une suite de variations de plus en plus inquiétantes sur le mimétisme et la parano, dans une veine qui mélangerait les cauchemars domestiques de Polanski et le suspense ludique hitchcockien. Schroeder exploite intelligemment tous les recoins de son décor, cet immeuble de Manhattan qui devient un véritable personnage, sorte de terrain de chasse qui révèle progressivement toutes ses menaçantes potentialités.

Un tel pitch donne une belle occasion à ses actrices de s'amuser, et Bridget Fonda comme Jennifer Jason Leigh participent grandement à l'efficacité du résultat. Rétrospectivement, par son esthétique comme par sa structure, Single white female me donne l'impression de s'inscrire dans une mouvance du thriller typiquement 90's qui compterait des titres moins convaincants comme Sliver, La Main sur le berceau, Cape fear ou Fenêtre sur pacifique.




Before & after (Le Poids du déshonneur), 1996
Très joli film intimiste qui s'intéresse de front aux bouleversements subis par une famille à la suite de la mise en accusation du fiston pour assassinat. Schroeder raconte comment la cellule voit mise à l'épreuve la solidité de ses liens et de ses valeurs face au soupçon de crime. Et c'est bien cette interrogation sur le mal et sur la culpabilité intrinsèque à l'humanité qui irrigue profondément une bonne part de l'œuvre du cinéaste. Il adopte ici un point de vue très réaliste, observant chaque étape du processus et les réactions qu'elles occasionnent, essentiellement chez les parents (Liam Neeson, grandiose, et Meryl Streep impressionnante, forcément). Cela aboutit à un film très sobre, qui fait oublier sa mise en scène, et qui parvient à émouvoir par sa justesse de ton. Les personnages, forcément paumés, ne savent quelle attitude adopter face à une situation qu'ils n'avaient jamais pensé devoir affronter, font des erreurs, espèrent les rattraper. Bref, c'est toute cette complexité qui se voit ici décortiquée, d'ordre moral, éthique, voire métaphysique (référence au sacrifice d'Abraham).

Plus que le "poids du déshonneur" auquel fait référence le titre français passe-partout, il est finalement davantage question ici du poids de la vérité et du mensonge. En fait, on n'est très loin du film de procès et du Mystère Von Bülow, Schroeder s'arrangeant cette fois pour systématiquement éluder les scènes attendues de prétoire, pour mieux se concentrer sur ses personnages, avant et après. Alfred Molina crève l'écran en avocat, et c'est l'époque où Edward Furlong jouait encore dans des bons films (ou avait encore un bon agent). Enfin, Howard Shore donne à ce drame une ampleur orchestrale assez inattendue. Tout le film se déroule dans une atmosphère enneigée proche de ces autres très bons faux polars glacés et vrais drames que sont Un Plan simple et Affliction (et Fargo pas loin évidemment), et qui semblaient alors avoir la côte.


DOSSIER BARBET SCHROEDER :

14 avril 2017

Le Cinéma de Joe Dante V. 1994-2003 : le retour perdant

Runaway daughters (Sur la route), 1994
Avec : Julie Bowen, Jenny Lewis, Holly Fields, Dick Miller, Paul Rudd, Robert Picardo, Wendy Schaal, Belinda Balaski, Dee Wallace-Stone...
Chronique précédemment publiée ici...
















The Second civil war, 1997
À nouveau un téléfilm, produit pour HBO par Barry Levinson qui traitait la même année un sujet similaire sur la manipulation médiatique au cœur du pouvoir politique avec Des hommes d'influence. Subversive et décoiffante, cette Seconde guerre civile se présente malgré son esthétique télévisuelle comme la digne héritière de Doctor Strangelove, par sa capacité à harmoniser comédie loufoque et sujet sérieux. Le scénario part d'un postulat absurde et déroule à partir de là toutes les conséquences, vues essentiellement à travers le miroir révélateur des médias. Car ici, tout est une question d'apparences, d'interprétations des mots comme des images, et le cinéaste se retrouve une nouvelle fois à interroger leur pouvoir dévastateur. Et lorsque la satire finit par faire exploser sa charge de réalité tragique, on se retrouve alors pas loin des terrifiants films-démonstrations de Peter Watkins (La Bombe) où il n'est soudainement plus du tout question de rigoler.

Faisant feu de tout bois, le jeu de massacre vise autant le monde politico-médiatique que la population prête à gober le discours des fous qui dirigent la maison. C'est un sillon que Dante va prolonger quelques années plus tard avec le même bonheur dans Homecoming, une autre production télévisée, média qui décidément se montre bien plus libéral et moins frileux que le grand écran. Très ambitieux par son propos, le téléfilm affiche également un casting digne des superproductions all-star cast des 70's : James Earl Jones, James Coburn, Beau Bridges, Ron Perlman, les fidèles Dick Miller et Kevin McCarthy et Robert Picardo, mais aussi Kevin Dunn, Denis Leary et Phil Hartman que le réalisateur va à nouveau diriger dans son film suivant, cette fois enfin de retour au cinéma.




Small soldiers, 1998
Avec : Gregory Hines, Kirsten Dunst, Kevin Dunn, David Cross, Denis Leary, Phil Hartman...
Chronique précédemment publiée sur DVDClassik...



















Looney tunes back in action (Les Looney tunes passent à l'action), 2003
Un film produit par la Warner sans réelle conviction, projet longtemps rêvé mais dont la gestation fut si longue que plus personne ne l'attendait quand il a enfin atteint les écrans. Témoignage du mauvais goût de l'époque, l'affiche pique les yeux et fait regretter la glorieuse époque de John Alvin. Qui veut la peau de Roger Rabbit ? fut un son temps un succès. Mais tous les films ayant par la suite tenté le mélange animation et prise de vue réelle ont été d'embarrassants échecs : Cool world, Space jam ou Monkeybone (déjà avec Brendan Fraser). Pourtant fan de Dante, j'avais moi-même raté la sortie de ce Looney tunes back in action, et sa découverte fut comme un cadeau inespéré. Car qui mieux que le réalisateur de Gremlins 2, dont une grande partie des films tendent justement à ressembler à des cartoons live, pour revitaliser l'usine à loufoquerie que furent les dessins animés Warner ? Dante démarre le tournage à partir d'un scénario qui tentait de recycler les restes d'autres projets avortés. Le récit se déroule ainsi avec une absence de rigueur qui aurait pu être désastreuse mais qui se révèle finalement coller parfaitement à l'esprit justement anarchique des Looney tunes. Le film délivre ainsi une inventivité de tous les instants, prenant la forme d'un voyage autour du monde où les décors superbes et colorés s'enchaînent, multipliant les effets spéciaux et les dialogues à crever de rire, avec au moins un gag par plan et des références en pagaille au cinéma en général et au monde de Chuck Jones en particulier.

Au-delà de cette volonté de spectacle effarant qui risque la saturation, Dante se livre à une satire d'une férocité ravageuse, visant à la fois l'industrie du spectacle et celle de la grande distribution. Il donne à son film un rythme trépidant de course poursuite digne des cartoons de l'âge d'or. Les quelques rares moments de répits sont toujours troublés par l'inventivité visuelle et les déconnades des toons présents à chaque plan. Pas la peine de chercher ici le regard tendre que Dante sait porter sur ses personnages. Bugs est une ordure, Daffy un crétin. Ils forment un excellent duo qui explose littéralement lors de leur association finale dans l'espace. L'animation a été supervisée par Eric Godlberg, artiste Disney qui étudia auprès du grand Richard Williams, avant de se faire remarquer pour son travail sur le génie d'Aladdin, puis de réaliser Pocahontas, ainsi que le mémorable segment Rhapsody in blue de Fantasia 2000La séquence des tableaux du Louvre est à elle seule un chef-d'œuvre d'animation, presque expérimental. Inévitablement, face à ça les humains sont relégués à l'arrière-plan. Mais si les personnages de Jenna Elfman et Brendan Fraser apparaissent particulièrement fades, Steve Martin en roue libre est tordant, tandis que le traitement réservé à Timothy Dalton témoigne de la bouffonnerie assez ahurissante qui a régné sur l'écriture du film. 

Pour l'une de ses toutes dernières partitions, Goldsmith emballe le tout grâce à sa musique d'une richesse folle et pleine d'espièglerie. Décédé quelques mois après la sortie du film, le compositeur achève sa carrière sur un coup d'éclat qui n'a rien d'une oeuvre testamentaire mais démontre au contraire une vitalité intacte, et c'est même assez touchant de se dire qu'il aura fini sous l'égide de Dante dont il a accompagné la majeure partie de sa filmogaphie. Colossal échec commercial, tristement sacrifié par le studio, Looney tunes back in action reste à ce jour le dernier film de Joe Dante a avoir eu chez nous les honneurs d'une sortie en salle.


11 avril 2017

Saga La Planète des singes VIII. 2001

Planet of the apes (La Planète des singes), Tim Burton, 2001
Avec : Mark Wahlberg, Helena Bonham-Carter, Tim Roth, Michael Clarke-Duncan, Paul Giamatti, Kris Kristofferson, Estella Warren...


Le phénomène est devenu banal : régulièrement, les studios hollywoodiens n'hésitent pas à remettre au goût du jour des films qui furent en leur temps des succès. L'entreprise peut sembler blasphématoire lorsqu'il s'agit de toucher à des œuvres considérées depuis comme des classiques, mais aux États-unis le cinéma est une industrie et dans les affaires rien n'est sacré. Au début des années 1990, la 20th Century Fox envisage donc de produire un remake de Planet of the apes, l'un de ses titres phares qui n'a pourtant que peu subi les outrages du temps. 

Les décors et costumes plutôt épurés de la réalisation de Franklin J. Schaffner en font en effet un film qui n'apparaît pas particulièrement démodé, contrairement à tant de productions SF de cette période, au charme considéré aujourd'hui avec condescendance comme kitsch. Et surtout son propos philosophique, bien qu’en phase avec la conscience américaine de la fin des sixties, demeure universel...

Lire la chronique complète sur DVDClassik...


3 avril 2017

Alias, 2001-2006

Alias, 2001-2006
Une série créée par J. J. Abrams,
4 saisons de 22 épisodes et 1 saison de 17 épisodes
Avec : Jennifer Garner, Ron Rifkin, Victor Garber, Michael Vartan, Bradley Cooper, Carl Lumbly, Kevin Weisman, Greg Grunberg, Lena Olin, David Anders...

J'aimais bien les séries gamin, mais je ne pense pas que je pourrais encore m'enthousiasmer aujourd'hui devant celles que je regardais alors, comme Le Chevalier lumière, L'Homme qui tombe à pic (« ...l'homme qui vient de loin ») ou Super Jamie. Côté sitcom, peut-être que Ricky la belle vie vaut plus que ce que je crois en penser, et qu'il faudrait redécouvrir Arnold & Willy en VO. Et si, par son concept et son casting, Columbo tient toujours la route, Supercopter est quant à lui désormais irregardable, avec ses scénarios-formules à la Goldorak, dont même môme je n'était pas dupe.

Passée la grande époque de La 5 (K 2000) et les débuts d'M6 (La Petite maison dans la prairie), j'ai cessé de regarder des séries, la télévision me servant uniquement à enrichir ma vidéothèque de films (merci Arte). J'ai donc assisté de loin à l'arrivée du nouvel âge d'or des séries au cours des années 90, qui lui permit bientôt d'accéder au rang d'objet critique (merci Twin peaks). Un mouvement qui sera accompagné en grande partie par M6 (Aux frontières du réel, qu'on n'appelait pas encore X-files, la trilogie du samedi) ou Canal Jimmy (Dream on, Friends), avant que Canal+ ne transforme la diffusion de 24 en événement. Cette forme de renouveau du genre, où la qualité de fabrication atteint de nouvelles exigences et où les auteurs se voient accorder une plus grande liberté, titillait ma curiosité mais sans que je franchisse le pas, peu tenté de m'imposer un rythme de visionnage feuilletonnant. Et c'est donc avec Alias, pris en cours de rediff télé à la fin des années 2000 sur feu Virgin17, que je me suis vraiment "remis" à regarder de la série et à rattraper le retard, me laissant ensuite guider par la réputation de certains titres (Rome, The West wing, The SopranosDexter...), et souvent bien conseillé.


Je ne sais pas trop quel est le regard critique d'aujourd'hui sur le show de J.J. Abrams, qui fut un grand succès populaire à l'époque mais ne semble pas avoir l'aura durable auprès des amateurs qu'ont encore Six feet under ou The Wire. Pour quelqu'un qui en était resté comme moi à L'Amour du risque, j'avoue que j'ai été assez estomaqué par les audaces de la mise en scène et la virtuosité scénaristique sans complexes à l'œuvre ici. Dès l'épatant pilote réalisé par Abrams lui-même qui pose les bases de sa formule, on est impressionné par la générosité avec laquelle chaque épisode est fourni en action, informations et rebondissements, le tout sur un rythme franchement affolant dont la seule raison d'être semble la crainte de voir le téléspectateur zapper. Et ce, jusqu'à l'assommant score techno sous ecstasy, signé Michael Giacchino auquel on n'aurait pas prédit une telle suite à sa carrière, puisque il s'est depuis révélé comme un des compositeurs les plus doués ayant émergé à Hollywood ces dernières années (The Incredibles, Ratatouille, Cloverfield, Super-8...). Dans cette même optique fédératrice sans prise de risques, la série est aussi généreusement truffée de chansons pop (Chemical brothers, Beck, Coldplay, Limp Bizkit, R.E.M. Deftones).

La structure narrative d'Alias, toute en flashbacks, ne choisit pas la facilité, et les éternels cliffhangers de conclusion sont un délice. Il est évident que tout ne tient pas la route et que le show se retrouve malgré lui entraîné dans une spirale infernale de rebondissements improbables qui font inévitablement émerger des contradictions : morts qui ressuscitent, mises en scènes, plans machiavéliques, amnésie, parents cachés, jumeaux cachés, clones... rien ne semble manquer au catalogue. Mais le spectateur est tellement abreuvé d'informations qu'il est découragé de toute tentative de protestation et invité à accepter les explications données par l'épisode en cours pour continuer à avancer. Il faut donc pour apprécier une démarche aussi kamikaze considérer que la série cherche à amuser avant tout, et n'a aucune volonté de réalisme. Approche confirmée lorsque le scénario s'autorise de plus en plus à verser dans le fantastique avec ces absurdes prophéties de Rambaldi. On se rapproche là clairement d'un esprit pulp, et d'un second degré que n'aura pas réussi à atteindre de son côté 24, se prenant bien trop au sérieux. 


Il est vraiment intéressant de retrouver ici la patte d'Abrams, telle qu'il continuera ensuite à l'imprimer à ses réalisations pour le cinéma (de Mission:impossible III à Star Trek into darkness)J'ai adoré l'audace du spectacle proposé par le retors auteur, qui assume son goût pour les twists tout en proposant des situations personnelles fortes très bien portées par ses interprètes. Au premier plan, dans le rôle de Sydney Bristow, Jennifer Garner trouve l'occasion de jouer sur un registre d'émotions assez large. C'est un rôle à la fois physique (tenues sexy et acrobaties), mais qui joue aussi la carte de la sensibilité, les moments intimistes alternant avec les scènes d'infiltration, dispositif qui est au cœur de la série. La série laisse en effet autant de champ aux missions d'espionnage qu'à la vie privée des personnages, mélange idéal de soap, de teen movie et de film d'action superhéroïque. Garner se présente ainsi comme un support d'identification idéal pour les jeunes spectateurs qui sont la cible du programme (pourtant pas avare en scènes de torture).

Abrams n'invente rien, il ne fait que reprendre et moderniser des recettes existantes (Mission : impossible, justement, pour l'art du déguisement, James Bond pour les gadgets et l'exotisme, et le cinema hongkongais pour le kung fu), avec un rythme et un montage plus épileptique, et ce goût du rebondissement qui va être la plaie de pas mal de séries par la suite, persuadées d'être inintéressantes si elles n'ont pas 15 rebondissements à proposer par épisode.