7 décembre 2017

Tales from the crypt, 1989-1996

Tales from the crypt (Les Contes de la crypte), 1989-1996
Une série créée par William Gaines
7 saisons de 93 épisodes
Avec... plein de beau monde.

Produit par Joel Silver, Richard Donner, Walter Hill, Robert Zemeckis pour la chaîne payante HBO, Tales from the crypt démarre sa diffusion en 1989 et se prolongera jusqu'en 1996. Fonctionnant sur le principe de l'anthologie, avec une ambition comparable à celle des Amazing stories de Spielberg, la série dispose d'un budget par épisode plutôt au-dessus de la moyenne — et qui se voit à l'écran — et fait pareillement appel à des collaborateurs prestigieux issus du monde du cinéma, plutôt qu'à des anonymes de la télévision.

C’est ainsi qu’au fil des épisodes le spectateur a le plaisir de tomber sur plein de têtes connues, tant en premiers qu'en seconds rôles et on sent que les comédiens ont pris beaucoup de plaisir à jouer avec leur image. On pourra citer notamment Timothy Dalton, Jon Polito, Dennis Farina, Margot KidderSteve Buscemi, Joe Pesci, Christopher Reeve, Bill Paxton, Martin Sheen, Michael Ironside, Tim Roth et même Roger Daltrey. Parmi les réalisateur, outre les producteurs eux-mêmes qui s'offriront à plusieurs reprise un épisode, on croisera rien de moins que William Friedkin, John Frankenheimer, Tobe Hooper, Mick GarrisDes scénaristes réputés comme Jeffrey Boam,  Bob GaleBrian Helgeland et des acteurs comme Michael J. FoxTom HanksBob Hoskins, Kyle McLachlan ou encore Swarzenegger profiteront également de l'occasion pour passer à la réalisation. Côté chefs op’, Dean Cundey, Jan De Bont ou Don Burgess sont entre autres de la partie. Enfin, si la musique du (superbe) générique est l'œuvre de Danny Elfman, de nombreux épisodes auront le privilège de bénéficier de partitions signées Steve Bartek, Michael Kamen, Michel Colombier, Bill Conti, Ry Cooder, James Horner, Brad Fiedel, ou encore Alan Silvestri. Bref, c'est un impressionnant barnum qui semble réunir tout le Hollywood de cette époque et qui participe aujourd'hui plus que jamais aux délices que procure le visionnage du show.

Les scénarii adaptent directement, en les modernisant, les fameux EC comics des années 50 écrits par Bill Gaines et dessinés par Jack Davis, illustrateur au somptueux noir et blanc, aussi génialement inspiré dans l'horreur que dans l'humour puisqu'il sera l'un des plus talentueux contributeurs au Mad magazine des débuts avec Harvey Kurtzman. Objet à l'époque d'une importante polémique qui bouleversa l'industrie américaine du comics, les bandes dessinées des Contes de la crypte ont marqué l'imaginaire de toute une génération, au moins équivalente à celle de la Twilight zone de Rod Serling. Elles avaient ainsi directement inspiré Stephen King et George Romero pour leur Creepshow de 1982, comme elles le feront encore auprès de John Carpenter lorsqu'il endossera le rôle du gardien de la morgue chargé d'introduire les cours-métrages de Body bags en 1993. 

Condensés sur 26 minutes, les épisodes de Tales from the crypt demeurent encore aujourd’hui étonnamment macabres, n'hésitant pas à aller à fond dans le trash, l'humour noir et le politiquement incorrect. Le coup de génie étant d'avoir respecté l'équilibre pervers des comics : tant que la morale est respectée — les salauds sont punis par là où ils ont pêché — on ne se privera pas pour nous offrir du cul, du gore et du mauvais goût. Sur ce plan-là, l'épisode 1 de la saison 5 où Tim Curry joue trois rôles d'une famille de rednecks repoussants est absolument anthologique, aussi perturbant qu'hilarant (j’en faisais les yeux ronds, la mâchoire pendante).



Je suis aussi particulièrement fan des jeux de mots éhontés du gardien de la crypte, pantin décharné conçu et animé par Kevin Yagher (responsable des maquillages sur la série des Freddy notamment) qui introduit chaque histoire dans de petites scènes vraiment marrantes. On appréciera d'ailleurs de pouvoir (re)découvrir la série aujourd'hui en V.O., les dialogues y étant bien plus riches que dans la version doublée.




5 décembre 2017

Le Cinéma de Richard Donner III. 1987-1989

Lethal weapon (L'Arme fatale), 1987
Révélé internationalement grâce à George Miller et Peter Weir, l'Australien Mel Gibson est désormais bien installé à Hollywood. Il va encore faire franchir un palier à sa carrière en s'associant à ce qui va devenir une des plus grosses franchises de l'époque, confiée à l'un des yes-man les plus fiables de l'industrie, Richard DonnerTriomphe mondial à sa sortie, Lethal weapon permet au jeune prodige Shane Black d'accéder au statut du scénariste le mieux payé du système, et au producteur Joel Silver de s'imposer comme le nouveau roi de l'actioner. En soi, le film n'invente rien, reconduisant un peu la formule du buddy movie éprouvée sur le 48 heures de Walter Hill, autre polar urbain produit par Silver qui confrontait déjà son duo de personnages hauts en couleurs entre deux exploits pyrotechniques. Formule recyclée ad nauseam (Tango & Cash, Rush hour, Bad boys...).

On se retrouve donc avec un plutôt bon polar, encore un peu bâtard dans ce mélange action/comédie qui réussira si bien sur Die hard. Le début est très noir, la fin se laisse un peu trop aller à l'action cool. On est un peu le cul entre deux chaises et ça manque de cohérence, comme si le film n'assumait pas ses intentions initiales. À l'image de cette scène au faux suspense où l'on voit Riggs se faire mitrailler, puis révéler qu'il porte un gilet pare-balles, en contradiction totale avec sa caractérisation de personnage suicidaire jusqu'ici patiemment construite. La baston finale avec Gary Busey m'est de même apparue complètement gratuite, sans même exploiter une quelconque motivation cathartique et dramaturgiquement sans intérêt. 

En gros, c'est surtout le milieu du film qui m'a semblé vraiment fonctionner, avec ce tandem de flics vétérans du Vietnam qui s'apprivoisent, et dont la relation se voit développée avec délicatesse et vérité. Gibson y est tout à fait convaincant dans son interprétation. La mise en scène de Donner est à la fois discrète et pleine d'élégance, privilégiant les plans longs tel cet impressionnant plan aérien d'ouverture. BO sympathique de Clapton et Kamen, avec son petit thème émouvant.





Scrooged (Fantômes en fête), 1988
Retour à la comédie pour Donner, avec cette transposition moderne et newyorkaise du classique Conte de Noël de Dickens, toujours très apprécié comme source d'inspiration par Hollywood. C'est d'ailleurs une époque qui voit défiler pas mal de ces comédies fantastiques au ton adulte. Ainsi La Mort vous va si bien, les Sorcières d'Eastwick ou encore Nuit de noces chez les fantômes, film avec lequel j'ai d'ailleurs souvent confondu le Donner.

Mais c'est surtout Ghostbusters qui est ici dans le rétroviseur des producteurs, et la présence de Bill Murray en tête d'affiche n'a évidemment rien de fortuit. Le comédien ne se renouvelle d'ailleurs pas vraiment, reprenant son personnage odieux et cynique, une nouvelle fois confronté à des fantômes venus lui faire une leçon de morale, prétexte à un festival d'effets de maquillage. Le casting est complété par Karen Allen et Robert Mitchum.




Lethal weapon 2 (L'Arme fatale 2), 1989 
Le scénariste Jeffrey Boam (The Dead zone, L'Aventure intérieure, Indiana Jones et la dernière croisade) prend la relève de Shane Black et livre ce qui reste à mes yeux, même après revoyures, le meilleur épisode de la franchise. Cette fois les ingrédients action/drame/humour sont bien mieux dosés et restitués que dans le premier volet. Les acteurs, la mise en scène et la musique sont suffisamment solides pour créer l'émotion quand il faut. La dimension dramatique est bien plus convaincante. Riggs perd une nouvelle fois son amour, ses collègues se font massacrer, et la fin tourne à la vendetta. Et j'aime toujours autant le délire du protagoniste autour des Three StoogesEn comic relief, Pesci aurait pu être vite agaçant mais se révèle franchement marrant. 

C'est drôle et surprenant, les cascades sont assez imaginatives et parviennent à convaincre jusque dans leur côté irréaliste (les bad guys et leurs hélicos). Bref, une vraie réussite du genre. Seul vrai regret, le manque d'audace du final, qui aurait vraiment touché au sublime si Riggs avait succombé à ses blessures, dans les bras de Murtaugh...


DOSSIER RICHARD DONNER :
IV. Filmographie 1992-1994 (prochainement...)

1 décembre 2017

Emmanuel Carrère, la vie à l'œuvre III. 2003-2011

Un roman russe, 2007
Pour rédiger L'Adversaire, Emmanuel Carrère a été amené à traverser de sombres territoires. Cette expérience éprouvante a qui plus est été couronnée par le succès, aussi bien public que critique, faisant dès lors passer son auteur dans une autre sphère, assurément envisagée, voire souhaitée, mais ne le mettant pour autant ni en confiance ni dans le confort. Les années qui suivent seront donc pour lui des années de crise, où il ne cessera certes pas de travailler (articles, scénarii et même réalisation), mais peinera néanmoins à reconnaître quelle direction donner à son œuvre désormais. Un roman russe sortira finalement 7 ans après L'Adversaire. Le livre se présente donc comme le reflet de cette crise, et c'est une nouvelle fois un texte puissant et dérangeant. Dérangeant, parce que cru et impudique. Et bouleversant pour les mêmes raisons.

Cette fois, Carrère assume la part autobiographique que ses livres précédents laissaient seulement affleurer à la surface. Il est le sujet, ne racontant pas platement un quelconque parcours de vie, mais plus directement ses angoisses, ses amours et surtout faisant courageusement le bilan de son héritage familial, puisqu'il est aussi question de retour aux origines et plus précisément à la Russie. Il y fait donc différents récits, entremêle les époques de façon étonnamment harmonieuse, sans artifices ni lourdeur, mais avec une sincérité et une justesse qui m'ont littéralement envoûté. Pas évident dès lors de trouver les mots pour en parler, mais ce fut clairement une lecture marquante de plus à mettre au crédit de l'auteur. Le bouquin n'est pas épais, mais il est écrasant, contenant et livrant plein d'existences. Et toujours cette écriture à la fois simple et inexplicablement captivante.




Retour à Kotelnitch, 2003
Il était inévitable que je complète ma lecture d'Un roman russe par ce documentaire sorti quelques années plus tôt en salle après avoir pas mal tourné en festivals. Dans son livre, Carrère l'évoque longuement, puisque son tournage sera en quelque sorte son point de départ. Bien plus qu'un parfait complément, ce film transpose en fait assez exactement le principe d'écriture alors adopté par l'auteur. À savoir aborder son sujet en se mettant soi-même au cœur du dispositif. 

Le réalisateur est donc non seulement présent à l'image, mais son commentaire assume pleinement sa subjectivité. Carrère livre avec ce documentaire une œuvre admirablement construite, émouvante et profondément personnelle. C'est un voyage qui ne vise pas à créer de la distance mais au contraire nous permet d'approcher les quelques destins qu'il choisit de raconter. Et on n'oubliera pas de sitôt cette poignée de personnages, leurs peines et leurs joies ici saisies et partagées.




D'autres vies que la mienne, 2009
Décidément cet écrivain offre dans ses bouquins comme dans ses films d'incroyables plongées au cœur de l'âme humaine. C'est passionnant de le suivre dans son projet littéraire, dans cette quête de la vérité entamée à partir de L'Adversaire et qui s'affirme ici plus que jamais. D'autres vies que la mienne est une nouvelle épopée de l'intime qui m'a laissé profondément remué. Carrère et sa personne demeurent le fil rouge, mais les vies — et les morts — qui tournent autour de lui font tout autant partie de son destin. Et c'est toujours aussi perturbant d'être ainsi confronté à la justesse de ses observations, d'apprécier sa capacité à explorer l'âme des gens qu'il décrit, qu'il rencontre, et dont il rend compte. 

Parce que ce sont tout simplement des âmes humaines dans lesquelles on est forcément amené à se retrouver d'une façon ou d'une autre. Et que son regard n'est pas pour autant éloigné des réalités sociales, de ce qui nous lie ou nous aliène. Le tout est raconté sans naïveté, ni dénonciation stérile. On est plutôt dans le constat implacable. L'écriture est sans gras, simple en apparence, et en même temps elle donne l'impression d'avoir trouvé une formule quasi alchimique qui s'adresse directement au plus profond de nous-même. C'est donc encore une fois une lecture incroyablement puissante, presque magique qui confirme plus que jamais, mon désir de poursuivre l'exploration de cette œuvre, littéraire comme filmique, tant tout semble indissociable. Et même d'y replonger à l'occasion. Le réalisateur Philippe Lioret adaptera librement une partie du livre dans son magnifique Toutes nos envies (2011).




Limonov, 2011
Carrère trouve avec la figure controversée d'Édouard Limonov, poète punk dans la France des années Mitterand et militant radical dans la Russie de Poutine, un matériau formidable pour poursuivre cette singulière œuvre semi-autobiographique entamée avec L'Adversaire. Mine de rien, en effet, l'auteur en profite à chaque fois pour parler aussi de lui, et je suis captivé tout du long tant tout ce qu'il a à en dire me parle alors que nos vies ne semblent pas avoir grand chose en commun. Toujours avec cette écriture en apparence si simple, son goût pour la phrase dénudée, presque ascétique, refusant les mots savants, cherchant plutôt la restitution la plus juste d'une émotion intérieure, de façon presque clinique.

Limonov ayant écrit quasiment exclusivement dans le registre autobiographique, Carrère a ordonné toutes les informations à sa disposition dans son œuvre pour en restituer l'édifiante trajectoire, les espoirs et les échecs, les rencontres et les trahisons. Son analyse toujours fine et perspicace lui permet au passage de nous donner une sorte de résumé parfaitement convaincant de pratiquement toute l'Histoire de la seconde moitié du XXe siècle (rien que ça), qu'il s'agisse de la vie en Union soviétique, des basculements idéologiques de la France des années 80, des bouleversements né de la chute du Mur. J'étais dedans. Et comme à chaque fois que je finis un de ses livres (qu'on ne pourra plus appeler "romans"), je ferme le bouquin et reste en arrêt devant la relative faible épaisseur de sa tranche, impressionné en me rappelant tout ce qu'il contient, tout ce qu'il m'a donné à partager. Sentiment précieux d'une lecture qui prend la forme d'une expérience.


DOSSIER EMMANUEL CARRÈRE :
IV. 2012-2016 (prochainement...)

29 novembre 2017

Le Cinéma de Richard Donner II. 1982-1985

The Toy (Le Joujou), 1982
Après des débuts difficiles, Donner est désormais bien installé dans le système hollywoodien, et ne va dès lors plus cesser de tourner sans se cantonner à un genre spécifique. Après Inside moves (Rendez-vous chez Max, 1980), comédie dramatique où il dirige John Savage et fait débuter David Morse, il se retrouve embarqué sur ce Joujou, remake du premier long-métrage réalisé en 76 par Francis Veber, avec Richard Pryor à la place de Pierre Richard et Jackie Gleason reprenant le rôle de Michel Bouquet. Le film est un triomphe public. Pryor est alors au sommet de sa popularité, acteur de stand up corrosif devenant une valeur sûre du box office, et sur le nom duquel on peut faire porter un film, quitte à ce qu'il le vampirise (Superman III qu'il tourne dans la foulée). 

Ce n'est pas la première fois que le cinéma français inspire Hollywood — Le Salaire de la peur qui offre à Friedkin son chef-d'œuvre — mais il faut reconnaître une accélération de ces remakes au cours des 80's, avec justement au premier rang les comédies signées Veber : L'Emmerdeur transformé l'année précédente par Billy Wilder en le navrant Buddy buddy, L'Homme à la chaussure rouge, Les Trois fugitifs, que Veber viendra lui-même réaliser, et jusqu'au Dinner for Schmucks de 2010. Formule jugée gagnante puisque le succès sera souvent au rendez-vous. Et l'industrie continuera régulièrement à y puiser son inspiration tant dans la comédie (Trois hommes et un couffin, La Totale, Un indien dans la ville, Neuf mois, Mon père ce héros, LOL) que dans le drame (L'Homme qui aimait les femmes, Le Retour de Martin Guerre, Les Diaboliques, Les Choses de la vie...).




Ladyhawke (La Femme de la nuit), 1985
Après le fantastique horrifique de La Malédiction, le fantastique comic-book de Superman the movie, Donner passe au fantastique médiéval. J'ai longtemps fantasmé ce Ladyhawke, son affiche et l'histoire promise par la bande-annonce, que projetait régulièrement le cinéma parisien Le Grand Pavois, salle de quartier refuge de films en fin d'exclusivité. Ma première vision a été bien plus tardive. J'ai ainsi enfin pu apprécier ce conte splendide, plutôt adulte par son traitement et le public visé, et digne de ces récits fantastiques du moyen-âge, tels les lais de Marie de France. Une approche bien différente de celle d'un Ridley Scott qui bizarrement proposait la même année avec son Legend un autre film d'heroic fantasy, épique et visuellement ultra-travaillé, mais aux sources d'inspiration plus récentes (des illustrateurs du XIXe à Tolkien). Le genre connaissait il est vrai un nouvel âge d'or, avec des titres comme Dark Crystal, L'Histoire sans fin, les Conan de Schwarzennegerou encore Taram et le chaudron magique qui tous proposent la recréation d'un monde de merveilles et de ténèbres. La fantasy connaîtra son dernier soubresaut avec Willow, avant de disparaître jusqu'à se voir ressuscitée avec flamboyance par Peter Jackson au début des années 2000.

Le film de Donner est pour sa part un spectacle émouvant et splendide, magnifié par la photographie de Vittorio Storaro, l'un des chefs-opérateurs italiens les plus expressionnistes. Et bénéficie d'une interprétation de premier plan. Pfeiffer est tout simplement parfaite dans son rôle, pleine d'évanescence, fragile tellement son visage paraît pâle et ses yeux pleins de tristesse. Et c'est toujours amusant de mettre en parallèle le rôle de chevalier blanc incarné ici avec panache par Rutger Hauer et celui du pillard bestial qu'il interprète la même année dans le Flesh+blood de Verhoeven. Le duo joue avec un sérieux très premier degré qui se voit régulièrement contrebalancé par la présence délicieuse d'ironie du jeune Matthew Broderick. J'en viens donc à ce qui me désole le plus, l'élément que tous ceux qui ont vu le film savent qu'il est impossible de passer sous silence, à savoir ce rock FM atroce, choix absurdement assumé par le réalisateur, et qui gâche malheureusement toutes les scènes d'action du film sans exception. Dès que Hauer tire son épée, on sait qu'on va grincer des oreilles. Et l'on se prend à rêver d'un fan edit du film, proposant un autre score, plus conventionnel, classiquement symphonique, qui rendrait mieux justice à ce beau titre.




The Goonies (Les Goonies), 1985
C'est la grande époque des productions Amblin', celle vers laquelle tous les rétroviseurs semblent tournés aujourd'hui, avec un Spielberg démiurge auquel le triomphe d'E.T. a donné les coudées franches et qui fait tourner ses protégés en mettant son nom en avant comme argument publicitaire. J'avoue en être resté à mes trop lointains souvenirs de môme (les gadgets rigolos du début, le bisou dans le noir avec la copine du grand frère, un dernier acte limite trauma), et je ne m'avancerai donc pas à exprimer un jugement sur la valeur du film.

Quels que soient ses défauts, The Goonies acquiert aujourd'hui plus que jamais la patine des film emblématiques de cette époque, avec cette façon de faire naître l'aventure au coin de la rue, et d'être en phase avec les attentes de sensations de son jeune public. Tous les ingrédients sont là, du scénario débordant d'idées de Chris Colombus (qui signait Gremlins en cette même période glorieuse), aux effets mécaniques et visuels typiques d'ILM, en passant par le casting de wonderkids : Josh Brolin, Sean Astin, Corey Feldman, Jonathan Ke Quan (le Demi-Lune de Temple of doom), sans oublier l'affiche de Drew StruzanD'ailleurs on s'en fout mais quand j'étais gamin, j'avais côte à côte sur le mur de la cuisine familiale les posters grands formats du Donner, de Mad Max 3 et de Fievel et le nouveau monde. Et j'ai donc pendant des années avalé mes Frosties le nez collé à ces visuels.


DOSSIER RICHARD DONNER :
III. Filmographie 1987-1989
IV. (prochainement...)


27 novembre 2017

Le Cinéma de Richard Donner I. 1961-1978

X-15, 1961
Après avoir fait ses armes à la télévision américaine (The Twilight zone, Au nom de la loi, The Man from U.N.C.L.E., Les Mystères de l'Ouest notamment), Richard Donner réalise une poignée de films sans grand succès au cours des années 60. Tout d'abord ce X-15, un docu-fiction sponsorisé par la NASA mettant en scène les exploits de l'avion-fusée X-15, avec Charles Bronson en pilote d'essai et James Stewart en narrateur. Projet bizarre, le film connut une distribution internationale, mais passa néanmoins inaperçu.

Il faudra attendre 1968 pour que Donner réalise son premier "vrai" film de cinéma : Salt & Pepper (Sel, poivre et dynamite), véhicule mettant en vedette Sammy Davis Jr. et son pote du Rat pack, Peter Lawford, qui dut être suffisamment populaire pour justifier d'une suite deux ans plus tard, réalisée cette fois par Jerry Lewis (One more time). Puis ce sera Twinky (L'Ange et le démon), en 1970, une comédie dramatique tournée entre Londres et New York où il retrouve Bronson, et qui ressemble déjà plus à un projet personnel. Film hélas sans grand succès qui contraint Donner à retourner travailler pour la télévision (Les Rues de San Francisco, Kojak), jusqu'à ce qu'enfin il tombe sur un sujet qui lui apparaît comme la chance de sa vie, une opportunité à ne pas rater.




The Omen (La Malédiction), 1976
Enfin découvert ce titre, considéré comme emblématique d'une époque où le cinéma fantastique se plaisait à créer du malaise psychologique avec des marmots, de Rosemary's baby à The Shining, en passant par Audrey Rose. Donner et ses producteurs se retrouvent ici évidemment en quête de la formule à succès de The Exorcist, et leur sujet est plutôt bien trouvé, mais le résultat est loin d'arriver à la cheville du Friedkin. Ça démarrait plutôt bien, le film se montrant remarquablement inventif dans sa mise en scène, ses cadrages, son éclairage et son montage, qui témoignent d'un vrai appétit du cinéaste, d'une volonté de dépasser le cadre bas de gamme de la série B, auquel son budget pouvait le contraindre. Donner opte donc pour une approche plutôt réaliste, se montrant relativement avare en effets chocs et scènes ouvertement fantastiques, pour mieux leur donner un impact maximal au moment où elles surgissent, et en faire des petits morceaux de bravoure d'autant plus grandiloquents et fascinants qu'ils sont portés par une musique hors-norme (et oscarisée) de Jerry Goldsmith, en mode chants grégoriens inversés. Le problème est que ce qu'il raconte ne m'a pas vraiment passionné. La faute en grande partie à un scénario qui fait bientôt le choix de se focaliser sur la minutieuse — mais tellement pleine de trous qu'elle en deviendrait nanarde — enquête autour du monde de papa Peck et de son copain David Warner (très bon) pour aboutir à une conclusion qui ne faisait aucun doute aux yeux du spectateur. Même le moment où Peck doute est vite évacué.

On passe du coup complètement à côté de ce qui me semblait pourtant être le vrai sujet. Sur le papier, The Omen avait tout pour donner un drame déchirant, avec cette idée du mal absolu incarné au cœur de la cellule familiale, dans le corps par nature aimable et innocent d'un enfant, avec par dessus ça l'idée brillante de situer l'intrigue dans le milieu politique. Malheureusement, le film échoue totalement à susciter le moindre trouble, le moindre vertige, notamment à cause de l'interprétation fadasse de la mère par Lee Remick, personnage sans relief, à la platitude des dialogues amoureux du couple, et à un gamin qui joue mal (ou est très mal dirigé, donnant presque l'impression de plans volés), et qui n'a donc aucune présence à l'écran. Même le climax, qui n'est tout de même rien d'autre qu'une scène d'infanticide, est impitoyablement escamoté (mais je crois que Donner n'a pas eu les coudées franches sur ce final). Évidemment, ça aurait été un autre film — et j'ignore si le remake de 2006 exploite mieux cette veine — mais par conséquent, je n'ai guère été emballé par un récit sur lequel le spectateur a trois longueurs d'avance sur les personnages. J'en retiens des bouts de scène, isolément, morceaux brillants (la mort du prêtre, la fouille du cimetière italien, la composition fantastique de la gouvernante). Le plus désolant est que le passage qui m'aura finalement le plus intéressé aura été le tout dernier plan, me donnant presque envie de m'intéresser aux suites réputées médiocres.





Superman the movie, 1978
Chronique précédemment publiée dans ma retrospective Superman au cinéma...



















Superman II, 1978
Alors qu'il le tournait en parallèle du premier volet, Donner se vit dépossédé du projet par ses producteurs qui se poursuivit sous la houlette du britannique Richard Lester qui reprit, réorienta et acheva ce Superman II tel qu'il sortit sur les écrans et qu'on l'a vu pendant des années. Ce n'est que 30 ans plus tard que la Warner offrit à Donner l'opportunité de revenir sur la matière déjà en boîte et de présenter sa version du film, qui s'affirme plus que jamais pensé dans la continuité du premier volet, tant sur le plan de la narration, que du ton. Bien que dissimulant mal son côté un peu bricolée (en reconstituant par exemple des scènes perdues à partir de répétitions filmées, et en conservant quand même des plans tournés par Lester), cette Donner's cut ne manque pas d'intérêt, et c'est quand même assez fabuleux qu'elle ait eu droit à sa résurrection.


Elle permet surtout de constater à quel point l'autre Richard avait de son côté réussi à marquer le film de son empreinte, pour le meilleur ou pour le pire, avant de pouvoir pleinement lâcher son goût pour le burlesque dans le troisième volet. Dans un cas comme dans l'autre, j'avoue que ça reste un film qui ne m'a jamais vraiment passionné, un peu trop en mode remake paresseux et dispensable, n'ajoutant que peu de développements au premier film qui avait déjà tout dit.


DOSSIER RICHARD DONNER :