9 mars 2018

Deux romans de James Salter

Light years (Un bonheur parfait), 1975
C'est typiquement le genre de bouquin vers lequel je ne serai jamais allé si je m'étais arrêté à son résumé ou au 4e de couverture. Ici, ce sont les enchaînements de phrases, leur rythme surprenant, leur structure anti-académique, qui distillent le sens et la profondeur, ainsi que l'extrême sensation de vérité des dialogues. J'imagine qu'on y perd forcément à la traduction, tant le charme de ce roman est précisément lié au travail ciselé de l'écriture. Une véritable magie s'opère pendant la lecture, et j'ai réellement eu l'impression de disparaître et d'être témoin de la vie des gens dépeints ici.

Chaque chapitre pourrait en soi être une petite nouvelle ne semblant apparemment pas raconter grand chose, et contenant pourtant en elle l'infinité indicible de l'expérience humaine (j'espère qu'on me comprend). Les trajectoires de ces personnages, leurs questionnements sur leurs choix de vie, leur passé et l'avenir, deviennent alors profondément touchants, voire douloureux car on perçoit les inévitables blessures qui font aussi tout le prix de l'existence. C'est donc un roman tout en délicatesse, mais qui n'est pas pour autant sur les petits riens. Au contraire, c'est incroyablement riche.




All that is (Et rien d'autre), 2013
Très beau dernier texte de l'auteur. Salter retrace tranquillement la biographie de son protagoniste, qui ne présente en lui-même pas grand chose de remarquable, juste simplement humain. La particularité étant le milieu professionnel dans lequel il évolue, celui de l'édition littéraire. Et on se rend vite compte qu'en parallèle de son parcours, ce sont aussi toutes les personnes qu'il est amené à croiser qui vont intéresser l'auteur, chacun méritant en quelque sorte l'honneur qu'on s'attarde sur lui. Aussi. 

On se retrouve donc avec une sorte de mosaïque de portraits, de personnages toujours un peu insatisfaits des choix qu'ils ont pu faire et de leur conséquences. Certains les acceptant et continuant de vivre avec, d'autres tentant de nouvelles aventures et mises en danger, attendant de voir ce que cette bifurcation vers un autre destin leur réserve. Et toujours cette écriture en apparence si paisible (pour ce qu'en permet de juger la traduction), où les drames et les tragédies semblent s'inscrire dans le même flux continu de l'existence. Une pépite.


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